La perte de mémoire du père Noël

Introduction

Tout au long de l'année, le père Noël et ses lutins préparent assidûment Noël dans la maison du père Noël à Korvatunturi en Finlande et ailleurs dans le monde. La veille et le jour de Noël sont l’aboutissement de toutes les activités qui se déroulent le reste de l’année, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les lutins sont constamment en tournée dans le monde entier et, bien entendu, les boutiques de cadeaux traditionnelles du père Noël sont également très fréquentées. Contrairement à ce que tout le monde croit, les elfes ne se contentent plus de surveiller la bonne conduite des enfants. Ils ont aussi le temps de suivre les pensées et les actions des adultes, et essaient d’influer sur celles-ci. Ils nous encouragent ainsi à donner le meilleur de nous-mêmes.


Cette histoire relate un accident qui s'est produit il n'y a pas si longtemps au pays de Noël et qui a mis Noël en péril, mais qui a aussi permis d’améliorer le fonctionnement du pays de Noël. L’objectif de ce pays est d’inciter les gens à offrir moins de cadeaux matériels et à accorder plus de temps et d’attention aux autres. Et ce, tout au long de l'année.

Début de l’histoire

Le ciel de Laponie était calme ce matin-là, à presque deux mois de Noël. De petits flocons de neige tombaient çà et là dans le ciel clair. Dès son réveil, le père Noël était parti s’entraîner à voler avec ses rennes et son traîneau. Parmi les rennes, plusieurs jeunes n’avaient encore jamais participé à une tournée de Noël.
Le père Noël et ses rennes volaient à une altitude telle qu’il était très difficile de les distinguer. C’est alors qu’un événement vint tout perturber : le père Noël fouillait dans son sac à dos pour trouver le pain d'épices et le jus de fruits chaud préparés par mère Noël quand une forte rafale de vent souffla et une nuée de lagopèdes des saules apparut devant lui. Le vol des rennes s’en trouva perturbé, et le père Noël lâcha les rênes du traîneau. À une allure bien trop rapide, le traîneau piqua vers le sol et tomba dans des ronces des tourbières recouvertes de neige, près de Korvatunturi.
Les elfes, qui avaient tout vu, se précipitèrent vers le lieu d’atterrissage. Le père Noël était assis sur une souche au bord de la tourbière et ses yeux ne brillaient pas comme d'habitude. Il secouait son chapeau et, avec son autre main, touchait la grosse bosse qui trônait désormais au milieu de son front, tout en regardant les elfes qui l’entouraient comme s’il les voyait pour la première fois. L'elfe Sini, inquiète, alla enlacer le père Noël. « Père Noël ! Quelle chute effrayante ! Les patins du traîneau sont en morceaux. Je suis si heureuse que vous soyez tous sains et saufs ! » L'homme à la veste rouge et à la barbe blanche la regarda d'un air confus. « Père Noël ? De quoi parlez-vous ? Pour qui me prenez-vous ? Qui suis-je ? »

Les elfes raccompagnèrent le père Noël à Korvatunturi et se réunirent d'urgence dans la grande salle principale. Mère Noël et les cuisiniers apportèrent du jus et des tartes de Noël et s’assirent avec les autres pour discuter de ce qu'il fallait faire. La surveillance des enfants du monde, la préparation des cadeaux et toutes les autres activités importantes de Noël étaient sur le point d'être gâchées. Le père Noël ne se souvenait de rien. Ni des listes, ni des prénoms, et encore moins de sa propre mission. Après l’avoir examiné, le docteur elfe Väinö proposa de le déguiser et de l'emmener voir le vaste monde. « Je pense qu’il pourrait retrouver la mémoire en rencontrant des gens et en écoutant leurs histoires. » Tout le monde trouva l'idée excellente. On envoya donc Monsieur Noël, habillé de façon ordinaire, non pas pour qu’il distribue les cadeaux, mais pour qu’il retrouve sa mémoire et son propre nom. Pendant ce temps, les lutins continuèrent à préparer Noël comme à l’accoutumée et les lutins charpentiers réparèrent le traîneau du père Noël pour qu'il soit encore plus beau qu’avant. On en profiterait pour remplacer les housses en tissu rouge un peu défraîchies du traîneau, tachées de jus de baies et de miettes de pain d'épices.

Le voyage de Monsieur Noël

La première halte de M. Noël fut à Rovaniemi, sur la place du marché où trônait une tente. Une longue file d'attente s’étendait devant elle. « Qu'est-ce qui se passe ici ? », demanda-t-il à la fin de la file d'attente. « C'est une distribution alimentaire pour les gens dans le besoin », répondit l’une des dernières personnes de la file. Lorsque ce fut le tour de M. Noël, on le conduisit à une table où il reçut une assiette de soupe aux pois et une autre avec des crêpes et de la confiture de fraises. « Pourquoi faites-vous cela ? », demanda M. Noël à la personne qui lui apportait de la nourriture. « Il y a beaucoup de personnes qui vivent dans la pauvreté et qui n’ont pas les moyens de répondre à leurs besoins quotidiens. Nous les aidons modestement. Je suis moi aussi confronté à des difficultés, mais le bénévolat donne du sens à ma vie. Vous, par exemple. On dirait que vous ne savez pas vraiment d'où vous venez ni où vous allez. J'espère que ce repas chaud et cette brève conversation avec moi et peut-être d'autres convives auront permis d’égayer un peu votre journée. Et peut-être qu'un jour, c’est vous qui serez à ma place. Je crois que le monde peut guérir grâce aux petits et grands gestes d'altruisme. » M. Noël ressentit une vague de chaleur dans son cœur. Il ne savait pas pourquoi, mais il y avait quelque chose d'important, peut-être plus important que tout le reste, dans ce moment et ces paroles.


Alors qu'il voyageait dans un autre pays, M. Noël se retrouva devant un collège. Pendant la récréation, quelques élèves commencèrent à se chamailler et à se bousculer. M. Noël se demandait s’il devait intervenir. Mais avant qu'il ne puisse faire quoi que ce soit, plusieurs camarades de classe entourèrent les querelleurs. « Hé, on avait dit qu’on arrêtait le harcèlement et les bagarres », dit l’un d’eux. « Vous aussi, vous avez signé notre pacte », continua un autre. « Il est toujours plus difficile de tenir ses promesses que de les faire. Nous avons aussi convenu que d'autres personnes interviendraient immédiatement si quelqu'un ne tenait pas sa promesse », ajouta un troisième. Un peu gênés, les querelleurs baissèrent la tête. Un enseignant qui avait suivi la situation dans la cour félicita tous les élèves d’avoir réussi à régler eux-mêmes le différend. M. Noël, qui avait lui aussi suivi la situation, continua son chemin en pensant et en souriant comme s’il se souvenait de quelque chose.


Alors que le voyage se poursuit, peut-être sur un autre continent, il se promène le soir dans les ruelles d'un village, sans but précis. Soudain, il aperçoit un groupe de jeunes hommes assis, visiblement tristes et buvant dans l’unique but de se saouler. Au lieu de se mettre en colère, M. Noël leur demanda : « Pourquoi faites-vous cela ? ». Certains hommes s’apprêtaient déjà à se disputer avec le passant gênant, quand l’un d'entre eux réussit à calmer les autres. Il répondit : « Nous avons été mobilisés pour faire la guerre et défendre des choses qui nous échappent. Nous devons nous présenter à la garnison demain, mais nous ne comprenons pas l’enjeu de cette guerre. On a l'impression que les dirigeants de ce pays attaquent les pays voisins pour gagner en pouvoir et en notoriété, ainsi que de l’argent. Nous aimerions vivre en paix et suivre le chemin que nous avons choisi nous-mêmes, avec nos joies et nos peines. On dirait qu’ils ne se soucient ni de nous, ni de notre destin. »
« Moi, je m'en soucie. Je suis le père Noël », dit tranquillement le père Noël. En s’éloignant, tout lui revint en mémoire. « Et j'allais intervenir », se dit-il.

Le discours du père Noël

Comme le savent tous ceux qui croient au père Noël, celui-ci a la capacité d'établir un contact inconscient et caché avec tous les habitants de la planète, par exemple par le biais de rêves et de pensées. Dès qu'il retrouva la mémoire, il décida de prononcer le même discours devant tous les habitants de la planète. Il dit :

« Bonsoir à vous, je suis le père Noël, pas le représentant d'un État, d'une religion ou d'une idéologie, mais un symbole d'humanité, de compréhension et de bonté. Je suis vous et j’aspire à m’améliorer.


Cela fait presque deux mois que je fais le tour du monde, que je rencontre des gens et que je vois comment de petits gestes d'altruisme transforment les personnes et les communautés. Mon message est court et ancien : traitez les autres comme vous aimeriez qu'ils vous traitent, vous et vos proches. L'humanité ne peut avancer par la violence, le mensonge, l'oubli, ni le double langage. Convenez d'un commun accord de traiter la Terre comme un lieu exempt de brimades, d'attaques et de meurtres. Apportez votre aide chaque fois que vous constatez une injustice. Faites-le par vous-même et avec d'autres. Merci de m'avoir écouté. »

Retour à Korvatunturi

Quelques jours avant le réveillon de Noël, le père Noël est revenu à Korvatunturi. Les elfes l’attendaient avec impatience.« Je me souviens de tout maintenant », déclara-t-il. « Pas des listes indiquant si les enfants et les adultes ont été gentils ou méchants, mais de la raison pour laquelle je suis le père Noël et de notre raison d’être, à nous les habitants du pays de Noël. » L’elfe Sini demanda : « Comment avez-vous retrouvé la mémoire ? »« Grâce aux personnes que j’ai côtoyées, au sens de la communauté, à la bonté que j’ai vue et vécue, à tous les regards chaleureux et à toutes les paroles bienveillantes. Grâce à tout ce que j’ai vécu lors de ce voyage, je me suis souvenu que le véritable sens de Noël n’est pas de récompenser les gens, mais de leur faire un rappel. Une bonne action, petite ou grande, ne se mérite pas ni ne s’impose, c'est un cadeau. » Les elfes hochèrent joyeusement la tête en constatant que le père Noël avait effectivement retrouvé la mémoire, qu'il parlait avec son cœur et qu'il rayonnait à nouveau d'enthousiasme. « Un cadeau se crée ensemble. Les bonnes actions sont un cadeau pour celui qui en est l’auteur et pour celui qui en bénéficie », poursuivit le père Noël en souriant. « Notre travail consiste à encourager les gens à être bons les uns envers les autres, à se côtoyer, à se soucier des autres et à faire des choses pour eux. C'est le vrai sens de Noël. »